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L’avis du corbeau sur 120 battements par minute

SYNOPSIS – Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

«Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.

Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.»

La petite fiche de présentation

Titre : 120 battements par minute (FR)

Date : 2017

Réalisateur : Robin Campillo

Scénario : Robin Campillo/ Philippe Mangeot

Musique : Arnaud Rebotini

Durée : Environ 2h 20

Genre : Drame

Note : ★ ★ ★ ★ / ★ ★ ★ ★ ★ Soit 16/20

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L’AVIS DU CORBEAU BAVARD

Récit poignant inspiré d’un condensé de faits réels… Tout d’abord, commençons par… : Le commencement!

Nous sommes dans ce film dans les années 90′!

« Oh tiens je suis née dans ces eaux là ! »

Toujours est-il que outre le fait que ces années étaient célèbres pour ses expérimentation dans la mode et le maquillage, les nombreux groupe, films et œuvres nées sous cette bonne étoile, une nouvelle horreur pire que les pires films d’épouvantes voit le jour, et il porte un nom qui fait froid dans le dos et qu’on aimerait que jamais le médecin nous le dise :

S.I.D.A

Durant ces années on tombait comme des mouches en étant amoureux… Personne n’était à l’abris de devenir séropositif, et comme les progrès de la science étaient loin d’être efficaces, contracter cette maladie revenait à accepter le fait d’être condamné à mort plus ou moins rapidement en fonction du développement de la maladie.

Pas de trithérapie, pas de soin intensif ou d’aides remboursées, pas de prévention sur la sexualité et par conséquent les clichés rôdent de toute part :

« Si t’es pas gay, ça va t’es safe tu ne vas pas choppé le sida. »

« Ouais c’est les noirs qui nous refilent cette merde. »

« Non je ne t’embrasse pas! Je ne veux pas attraper ton truc! »

Act Up-Paris une association voulant prendre part au combat de cette terreur, lutte pour les droits des personnes ayant le sida, et ce qu’importe le sexe, l’attirance sexuelle, le fait qu’on soit séropositif ou non ; tous prennent part d’une lutte incessante face à un gouvernement et des laboratoires pharmaceutiques de recherche qui à cette période ne portent pas grand intérêt à ce mal du siècle. Quand il en va de jouer avec sa vie cela devient plus qu’une simple lutte, duel ou combat!

C’est un acharnement de guerrier pour crier à tous de retrouver la part d’humanité, de ne pas enfoncer ceux qui se meurt de peur qu’une simple poignée de main vous refile le VIH, et surtout c’est le fait de vouloir vivre à tout prix et d’espérer pouvoir vivre plus longtemps sans être terni par la peur.

Le film tient très bien son thème : parfois en drame, parfois politique, une pointe de romance et un documentaire déguisé qui nous laisse prendre part à un activisme débordant.

On est happé dès le départ dans les réunions associatives ou ça parle, ça s’engueule et surtout ça vit… Bien que l’œil du réalisateur a voulu donné un maximum de profils aux personnages qui composent son histoire, le plus grand nombre sont majoritairement homosexuels et touché par le virus plus ou moins développé.

Mais ce qui les rassemble tous c’est de les voir tenir, avec la rage de vivre qui tient aux tripes, l’envie de faire accélérer les recherches pour ceux de demain et pourquoi pas pour eux, casser les tabous et connerie que la société nous montrait à ce moment là sur la sexualité.

Et si il faut faire peur pour écouter, c’est ce qui se passera à leurs yeux car sinon rien ne bouge…

Si le film s’appelle 120 battements par minute ce n’est pas un hasard, car ici on souligne le fait que la vie ne tient qu’à un fil et qu’on peut tomber à tout moment, aussi il est important de la vivre à fond et à toute vitesse sans jamais ne rien regretter.

Alors ils luttent, ils espèrent avoir des aides quand il n’y a plus rien à faire et que ce n’est plus qu’une question de minutes, d’heures, de secondes… Le soir au lieu de dormir ils partent danser pour ressentir en corps la pulsation de la musique dans les veines, pour se sentir essoufflés et encore en vie tout en sueur.

Et puis ils aiment… Comme si ça va être le dernier jour, parce que c’est cela être constamment dans l’attente d’un changement sans que rien ne vienne c’est être entre la vie et la mort et accepter le doute ; alors dans cette course rythmé avec une musique exceptionnelle répétitive et sensuelle qui soulignent la routine quotidienne de toutes ces personnes ils font l’amour sous toutes les formes pour espérer qu’on entende avant leur mort le cri de l’espoir de demain.

Ce film n’est pas juste un amalgame de fait qu’on a transcrit pour faire du drame. Non malgré un schéma naturaliste/ réaliste poignant le film est soigné de toute part grâce à un script qui nous fait tenir en haleine, on passe par un point de vue omniscient à du point de vue interne, on est touché face à chaque individu qui lutte pour soi ou les autres, et on se sent tellement égoïste de se dire « ouf heureusement que je n’ai pas cela moi… »

Et pour que ce film matche bien le réalisateur a choisit une bonne association déjà ne pas en faire un coup de gueule et une situation historique est quand même un des points d’honneur car cela nous permet de vraiment avoir l’impression de faire parti de la lutte. Ensuite ne pas cacher sur tout ce qui fait peur que ce soit la violence, la passion ou le sexe entre deux personnes du même sexe : cela a beaucoup joué sur mon appréciation car ça me fatigue que toujours on s’amuse à cacher de peur de choquer, je préfère voir quelque chose de vrai et c’est ça qui fait toute la beauté de l’image à l’écran : oui à mes yeux deux hommes comme tout autre couple que ce soit deux femmes ou un couple hétéro ou autre c’est beau car c’est de l’amour ; oui c’est terrible de voir de la souffrance mais ça nous rappelle que nous sommes chanceux et qu’on a pas le droit de se plaindre de tout et rien.

Enfin, il n’y a pas d’accumulation de décors ni de point de vue, c’est sélectionné avec soin et bienveillance le fait d’être dans un huis-clos à la fin avec une acceptation totale de la mort, par amour ne pouvait se faire que dans une chambre à coucher, surtout pour un couple s’aimant passionnément…

Bon du coup il est bien ou pas bien ?

Les + :

  • Une claque… Clairement un film qui n’a peur de rien, ni d’exposer la douleur, la complexité des relations humaines des doutes, ni de choquer et de remettre en question. Un film qui nous fait lutter avec les acteurs à chaque minute.
  • Un film historique qui est tourné de manière intelligente tant est si bien qu’on en oublie que c’est de l’historique. Je ne connaissais pas Act Up alors merci!
  • Un communicateur d’émotion qui a tellement de corde à son arc… Et qui nous rappelle que la vie continue, malgré la maladie toujours présente. Il n’est pas rébarbatif ou larmoyant.
  • La musique qui est juste sublime et prouve une nouvelle fois que la musique électronique est un battement de cœur.
  • La beauté et difficulté d’aimer quand on est touché par le SIDA, la revalorisation de plan cru érotique mais magnifique!

Les – :

  • La maladresse que les autres auront du mal à comprendre et percevoir (car on a pas tous la même sensibilité) des relations amoureuses et sexuelles, perso je l’ai comprise qu’il faut aimer à toute vitesse et ne pas pleurer sur hier, car demain n’arrivera peut être plus… Il n’empêche qu’il y a eu un gros malaise de mon côté à la fin du film et que je ne l’ai compris « qu’après coup » et réflexions…
  • Quand on a pas l’habitude des choix de longueurs volontaires on peut s’ennuyer, cela n’a pas été mon cas, mais je sais que beaucoup peuvent avoir détester le film pour les routines, les moments longs qui pour moi sont parfaitement justifiés et juste en vue du contexte.
  • L’effet après coup de ce film qui est également du positif…

Bref de mon côté je vous le conseille si vous n’êtes pas âmes sensibles, si vous n’êtes pas homophobes ou que vous n’avez pas de soucis de voir des relations homosexuelles, si vous êtes enclin à voir un film de manière peu ordinaire mais que vous souhaitiez être dedans à 120 %.

Enfin parce qu’il nous prouve à tous que ça n’arrive pas qu’aux autres, et qu’il casse les clichés avec finesse en nous sortant de notre zone de confort.

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