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L’avis du corbeau sur the birth of a nation

SYNOPSIS – « Plus de 30 ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté. Son propriétaire, Samuel Turner accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté. »

La petite fiche de présentation

Titre : The Birth of a Nation (U.S.A)

Date : 25/01/2016

Réalisateur : Nate Parker

Scénario : Nate Parker/ Jean McGianni Celestin

Costume : Francine Jamison-Tanchuck

Musique : Henry Jackman

Durée : Environ 1 h 50

Genre : Drame/ Historique

Note : ★ ★ ★ / ★ ★ ★ ★ ★ Soit 15/20

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L’AVIS DU CORBEAU BAVARD

Je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était le cri déchirant du réalisateur. Ce film, à mes yeux, est un projet qui a tenu aux tripes de celui qui l’a réalisé.

Comment souligner les répercussions sur tous ces hommes et femmes qui étaient traités comme des animaux ? Comme une simple table ? On ne peut pas… Ce sont des centaines d’années de souffrance où les noirs devaient juste « fermer leurs gueules » et mettre leur propre vie entre les mains du peuple blanc.

C’est cruel… C’est atroce…

C’était une réalité.

Une réalité à mes yeux extrêmement dure à imaginer, je n’arrive pas encore à croire certains fragments de l’Histoire, et à côté quand je vois que certains politiciens arrivent à tirer parti et prôner le racisme, ça ne m’étonne même pas.

Ce film est émouvant et brillant dans toute sa violence, et on sent que Nate Parker porteur de ce projet cinématographique et premier rôle du film (donc Nat Turner) est saisit et tient à s’investir clairement dans une « guerre » qu’il y a eu et qu’il ne faut jamais oublier.

Ne pas oublier ses racines ni d’où l’on vient j’ai envie de dire, car bien que beaucoup de gens soient de plus en plus tolérant, certains événements provoquent dans nos mœurs et médias des amalgames.

–> L’exemple le plus flagrant à l’heure actuelle serait de parler de la vision erronée de certains de réduire toute la population musulmane à de simples « intégristes », « terroristes », « racistes » …

Et tout le racisme et les propos futiles qu’une personne lambda, ne connaissant pas une culture et ayant vu « quelque chose à la télé de pas forcément vraie ».

C’est à cause de propos réducteurs et incitant à la haine qu’on obtient le magnifique The Birth of a Nation, un beau cocktail malakov faisant un pied de nez à tout ce que le racisme est capable de faire.

Je ne peux que comprendre en l’ayant vu, les récompenses qu’il a obtenues amplement méritées : Grand prix du jury et prix du public au Festival de Sundance.

Alors oui c’est un énième film sur l’esclavage et les rageux pourront râler tant soit peu du fait qu’on voit le nom de Nate Parker partout à l’affiche, mais c’est juste mérité, au vu de ce travail magnifique et respectueux d’une histoire vraie !

Nate Parker a parfaitement jonglé dans les différentes tâches d’un film et j’ai passé deux heures à n’en pas perdre une miette ou vouloir mettre pause sur ma télécommande, pour vous dire moi qui voulais aller au petit coin j’ai préféré faire comprendre à ma vessie qu’elle se retiendrait.

Outre toute cette chronique voici les thématiques :

Dénoncer la folie des hommes c’est facile, on se plaint toujours au moins une fois par mois parce que c’est le propre de l’humain de devoir tout ramener à lui tel un enfant de 10 ans effrayé par ce qui change.

Alors pour beaucoup de film oui on en voit de la plainte, du « sortez les violons et une boîte de kleenex » mais c’est plus rare de voir à l’écran :

La connerie fondamentale de l’être humain et sa barbarie puissance mille.

The Birth of a Nation est comme son nom l’indique la naissance d’une Nation, c’est même pire que cela si on devait souligner l’impact de cette fiction (qui de base est tiré d’une histoire vraie) ça devrait plutôt être « Le jour où nous avons voulu vivre ».

J’ai été frappé par ce film bouleversant, qui nous met une claque et nous rappelle que nous ne sommes jamais à l’abris de la barbarie des Hommes, et qu’il faut lutter pour conserver toutes les libertés des uns et des autres en allant vers la voie du progrès.

Il nous touche parce qu’il est clairement impensable d’imaginer que cela se soit passé, de se mettre un instant dans la tête que l’être humain est capable de souiller son âme et sa propre chaire.

The Birth of a Nation est un cri qui se tasse en chacun de ces esclaves qui subissaient, avant d’exploser et de se révolter pour ne plus être condamné à n’être que de vulgaire bétail.

Encore moins bien traité que du bétail puisque jamais les « forces de l’ordre » du film fouettent un cheval, le violent ou ne le gavent.

Un noir ne vit pas et ne peut vivre à cette Epoque que sous accord de son maître, un noir aux yeux des blanc n’avaient pas d’âme, était stupide et ne servait que d’éternel outil, le reste aux yeux des blancs n’avaient pas d’importance…

Ils pouvaient crever comme des rats morts qu’ils en rachèteraient comme le dernier Picsou magazine, et c’est ça qui est violent, atroce et à vomir.

Il est également unique car il est la quintessence d’un combat et d’une lutte sans merci qui commence avant la Guerre de Sécession.

On parle ici d’un homme, Nat Turner qui vit dans l’acceptation de violence et d’humiliation quotidienne faites sur les esclaves.

Dès les premières minutes du film on se concentre sur les pupilles d’un jeune garçon, son regard « miroir de l’âme » on aura un beau plan ironique d’ailleurs de ces mêmes yeux à la fin du film, puis la même étincelle dans les prunelles d’un autre.

Le réalisateur accorde d’ailleurs un point d’honneur sur les captures des plans des visages et ce, qu’ils soient souffrant, malade, heureux, malheureux ou enragés.

On voit de la peur beaucoup de peur et ça se voit dans le regard et dans les respirations « en éternel halètement » pourtant de la peur né le courage et l’espoir.

Et c’est la naissance d’une révolte et d’un cri de rébellion qui donne la force de ce film qui souligne bien les deux choix :

  • Se taire et accepter son propre sort (et reconnaître qu’on est à peu près mort dans de telles conditions « mort-vivant »
  • Prendre les armes de la parole et du feu et renverser l’irrespect, la maltraitance et la violence.

Dans un climat de honte et incitation à la haine de part ces hommes qui se font appeler « maîtres » et s’accordent les pouvoirs des dieux, l’acteur principal est le pion volte-face de cette hérésie.

Au départ vu comme « la brebis égarée » du troupeau et vendant son âme pour utiliser une fausse foi et « dresser les esclaves noirs », il deviendra très vite le berger qui conduit les autres vers une promesse : celle de la liberté.

Voilà la limite de ce personnage qui ne comprend également pas que toute parole spirituel est avant tout métaphorique : et que rien ne né dans la destruction, une preuve encore que le personnage principal n’est pas un « saint » et a ses limites aussi qui ne sont pas forcément dans un soucis d’humanité.

Rappelons qu’en Virginie 1809, que ce soit les côlons, les esclaves ou les blancs tout le monde pratique du mieux qu’il peut sa foi : ce qui est dingue et on le voit dans le film également c’est de voir à quel point cela influence les autres, mais aussi comment peut-elle être facilement détourné par les mauvaises personnes.

Le but de ce chef d’œuvre n’est pas d’amener dans un énième pathos, ou de se ranger du point de vue de Nat.

Bien qu’on le voit très clairement 80% du temps à l’écran et ce je pense purement dans un soucis d’esthétique (rappelons les yeux au début de Nat enfant) du à un fragment de vue (plan de fin / jeux de regard) et c’est donc pour nous plonger dans un contexte immersif, et ce même si la mode, la lecture, les mœurs, les traditions, la culture divergent.

Les premiers diront que le film est manichéen…

Et personnellement je trouverais ce point de vue non construit parce qu’on est en plein ressenti, que la violence nous touche en plein cœur et que c’est déchirant, car au final la violence de Nat n’est au final pas mieux que celle des blancs.

Preuve que tout n’est pas blanc ou noir (ah la belle ironie !) puisque le décors du début nous présente deux enfants dont la couleur de peau divergent jouant à cache cache ensemble, nous sommes donc en train de suivre l’histoire de Nat, dont la famille est assez progressiste envers leurs esclaves, mais la société diverge, il y a des limites à ne pas dépasser, et la corruption ou le pouvoir peut décider du sort de même la plus pure des personnes.

C’est ainsi qu’on voit des métamorphoses de personnage bienveillant à la base pour se transformer en monstre déshumanisé à l’apparence « humaine », ainsi on passe de la force d’apprendre et de détenir un petit savoir à « être fouetter sur une place ».

Si vous voulez savoir Nat porte à la toute fin ce masque et son « frère de cœur » qui est son ami d’enfance (Sam Turner) puis ennemi le revêt avant lui sous la pression d’autre fermes bien plus riches que lui et pouvant l’aider à sortir de la faillite.

J’ai l’impression de voir « un Azur et Asmar » qui tourne mal, on espère qu’à nouveau le blason de l’amitié soit redoré, mais il y a des limites à cela.

La scène du repas m’a littéralement secoué, si vous voyez le film vous me direz, mais j’ai trouvé que c’était d’une cruauté sans nom…

Tous les moments entre ces deux hommes jusqu’à une scène clef sont bouleversant et d’une incroyable humanité à travers le théâtre de la déshumanisation.

Je tiens à mettre un point d’honneur aux maquillages et aux costumiers qui ont fait un travail magnifique sans pour autant trop en rajouter comme dans certains film.

Voir des tenues historiques de la mode en Virginie rajoute quelque chose quant à la pauvreté des parures des femmes noires.

Encore une fois tout est fait avec une minutie hallucinante tant sur le choix des textures des tissus que sur leurs couleurs.

Il y a un grand respect des tenues d’origines après quelque vérification (en tant que petite pie fouineuse) et nous ne sommes pas dans une exagération de la pauvreté comme certains films qui en rajoutent quelque peu trop.

La musique aussi subtile et marquant les temps fort soutient tous les moments fort du film, le rend pesant, joyeux, souligne les traditions, et lui rajoute sans prendre de place toute une dimension beaucoup plus sombre ou lumineuse en seulement quelques notes.


Bon du coup il est bien ou pas bien ?

Les + :

  • C’est une référence précieuse (homonyque / contraire) du film Naissance d’une Nation.

On est ici sur un point de vue qui diverge de l’effroyable KKK (Ku Klux Klan), on aura une vision par conséquent de la part des esclaves.

  • Le montage, Le travail des couleurs soigné, propre !
  • L’interprétation durant les ¾ de l’œuvre par les acteurs qui est époustouflante !
  • La réadaptation d’une histoire vraie sans en détourner ou rentrer dans de la lourde fiction ou du pathos.
  • La Bo musicale est fluide, écrasante, et reflètent de nombreux aspect pour ma part je l’ai trouvé au top, d’autres en revanche pourraient la trouver « cliché » et je dirais tout est question de goût !
  • Les costumes !!!! Très travaillés et c’est un respect total d’une Epoque !

Les – :

  • Je ne le dirais jamais assez mais des gros plans… C’est risqué !

J’ai pas accroché sur les gros plans des 10 dernières minutes et avaient trop de mimiques expressives… (ce sont mes goûts)

Pour tout vous dire (mais c’est à la toute fin) j’ai eu du mal à comprendre les émotions des uns et des autres et quand on ne gobe pas des moments de jeu dans un acteur on parle alors de à Surjeu.

  • Toujours sur la fin qui je trouve personnellement n’est pas soignée quand au reste du film mais reste d’une très belle qualité (je serais personnellement incapable de faire cela) je n’ai pas compris pourquoi la violence est masquée voir dissoute…

Attendez, on voit du fouet, du viol, de la torture et pour des hommes qui s’écroulent en combat on floute et on fait du hors champs ?

Mouais… Bah c’est dommage je trouve ça a cassé le côté monstrueux et toute la mayonnaise qui se levait depuis le début du film, j’aurais préféré voir le plan final après les avoir vu courir ou ça aurait eu plus d’impact à mes yeux…


En soit, les deux points négatifs ne se rejoignent qu’en un seul et c’est souvent le soucis du cinéma américain : un film d’une beauté à couper le souffle et une fin qui se tient moins quant au corpus principal…

C’est dommage, mais néanmoins la violence et la dureté du film n’est pas à prendre à la légère !

Comme je l’ai dit à certaines séquences j’ai eu du mal à soutenir mon regard sur l’écran de ma télévision.

A mes yeux il est important de voir ce film en hommage à toutes ces personnes ayant soufferts, il faut vaincre la peur en n’oubliant jamais ce dont l’homme est capable.

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