Bienvenue·Contemporaine·Jeunesse

L’avis du corbeau sur 54 minutes

Et si du jour au lendemain une tempête balayait tout sur votre passage ?
Si en moins d’une heure toute votre sécurité, vos rêves et les gens que vous aimiez s’écroulaient un à un comme un château de sable face à la mer ?
Face à cette prise d’otage désespérée qu’auriez-vous fait ?
54 minutes, un livre que je ne pouvais lire en une simple petite heure, sans une seule balle, il m’a touchée.

 

 

LA PETITE FICHE DE L’ŒUF EN QUESTION :

Titre : This is where it ends (VO) // 54 minutes (VF)

Auteure : Marieke Nijkamp

Traductrice : Valérie Drouet

Parution originale : 2016 (USA)

Edition : Hachette Roman

Publication : 2017

Genre : Jeunesse / Contemporain

Thèmes livre : Fusillade / Solitude / Maltraitance / Lycée / Homosexualité

Nombre de page : 290 pages (lecture)

Ma note : ★★★★/★★★★★

Acheter : Amazon

 

Synopsis de hachette Roman :

10 h 08 – KEVIN
Mec, il se passe quoi ?
Réponds-moi !

10 h 09 – SYLVIA
Tyler est revenu.

10 h 11 – MATT
Claire j’ai trop peur.
Il tire sur les gens. Qu’est-ce que je fais ?
CLAIRE DECROCHE S’IL TE PLAÎT !

10 h 27 – AUTUMN
Ça ne peut pas être vrai.
Ça ne peut pas être Ty.
Ça ne peut pas être mon frère.

10 h 30 – TYLER
Aujourd’hui vous m’appartenez tous.
Aujourd’hui vous allez m’écouter.

 

« J’entends des hoquets, des pleurs et des cris. Il y a la mort, il y a l’idée de mourir et du sang partout. Tyler est revenu. »

 

Comment avec tout ce qui se passe dans le monde, ne pouvons-nous pas être touché par ce récit ?

 

Très honnêtement même si la traductrice et l’auteure ont pondu un petit bijou, j’ai eu beaucoup de mal à le lire, et je suis passé par un peu toutes les émotions que face aux attentats.

Donc je dirais il faut avoir le cœur accroché et pas être aussi sensible que moi, ou juste être courageux de nature.

A mes yeux, un Lovecraft éclairé à la lumière de la bougie aurait eu moins d’impact sur moi que ce genre de livre, même si l’aspect un peu sentimentale et « flash » du passé aide un peu à la détente (le repos hein ! Pas la gâchette du pistolet).

Le thème est magnifiquement annoncé par la couverture : un fond noir soulignant la mort, mais aussi le tableau de l’école. Sur ce fond le titre d’une écriture « hésitante » qui souligne la psychologie du meurtrier « au bout du rouleau », profondément seul, désespéré, probablement en dépression et surtout devenu fou à lier avec les évènements de la vie qu’il a traversé et n’a pu affronter.

Enfin, 4 craies explosant au contact d’une « poudre blanche » et si vous regardez le résumé ce n’est pas par hasard que KEVIN, SYLVIA, MATT et AUTUMN ont été identifié dans la couleur des craies sur la couverture : A mes yeux cela représente l’impact de cette tuerie générale et la répercussion que cela a eu sur eux, une craie c’est un symbole de création mais aussi de fragilité vu qu’elle se brise très facilement. La poudre blanche a l’air d’avoir « brisée » ces 4 ustensiles d’école tout en étant bien plus brisée.

 

 «― Le monde est contre nous. Tu dois le comprendre avant qu’il ne te tue.

C’est gonflé, dans la bouche du garçon armé. Mais sa voix monocorde m’effraie bien plus que sa rage. »

 

 

Et c’est d’une vérité monstrueuse…

 

Personne ne sera plus jamais épargné de cette « boucherie » du désespoir, du « dernier salut ».

Les tueries en France sont rares mais pas inexistantes : rappelez-vous la fusillade de Grasse encore proche (2017) et de ce lycéen à peine âgé de 16 ans qui a blessé une dizaine de personne…

Ce fut la première tuerie en milieu scolaire par un élève au profil dit « fragile » qui a eu « une mauvaise insertion scolaire » une personne atteinte psychologiquement qui de part la cruauté des autres est devenue un monstre.

Aux Etats-Unis le constat est encore plus affligeant : le port d’arme étant autorisée dans certains Etats il est facile de se procurer une arme pour certains, et forcément (en dehors des attentats) les personnes psychologiquement non stables peuvent recourir à ces assassinats en masse.

 

« — Ty ne s’intégrait pas vraiment. Certains élèves avaient l’habitude de l’entraîner dans des bagarres. Je crois qu’il avait peur.

— A-t-il exprimé un désir de vengeance ?

Je baisse la tête.

— Il m’a dit qu’il allait prouver des choses au monde. Il m’a dit que nous ne l’oublierions jamais. Mais je pensais simplement qu’il voulait dire qu’il ne laisserait personne l’atteindre. »

 

Voilà pourquoi ce livre est d’une tristesse absolue, car tout le monde est coupable à Opportunity (dans ce livre) tout ceux qui ont été relié à Tyler le ressentent, beaucoup s’en veulent et les autres ne s’attendaient pas à connaître un jour la sensation d’avoir « la mort en face ».

Qui se seraient douté d’un phénomène pareil lors d’une réunion à l’auditorium du lycée ?

Qui aurait pu songer une seule fois qu’un ancien élève (Tyler) arriverait dans la salle, armé jusqu’aux ongles et balancerait des balles sur la foule ?

La tempête Tyler n’était pas que rage et désespoir…

On comprend en effet une progression dans la tête du tueur qui ne s’est pas faite en un jour : la violence, la perte de gens qu’il aime (mort ou abandon) et l’incompréhension des autres lui a donné une haine pour ceux qui à ses yeux ont tout.

 

« S’il était parti dans un accès de folie meurtrière, c’eût été moins effrayant. Ç’aurait été un acte de violence aléatoire. Le simple fait qu’il choisisse soigneusement ses cibles, parmi des centaines d’élèves dans l’auditorium, fait de lui une menace bien plus importante. Et ça me terrifie. »

 

L’écriture de ce livre souligne d’ailleurs cette détresse de tous ces personnages qui ne seront pas épargnés : ceux qui ne sont pas au lycée se sente coupable et complice de ne rien faire, et tente de passer par les réseaux sociaux pour apporter un quelconque soutien ; ceux qui ne sont que des souris face à un chat prêt à leur sauter dessus et ceux qui sont sur le terrain, et pourtant si loin (pas dans le lieu de la prise d’otage).

C’est ainsi que nous suivrons 4 individus, leurs souvenirs, leurs peurs, leurs prises de position quant à ce qui n’aurait jamais dû arriver. Ex, Sœur, Ennemis dévoilent tous à leurs yeux le fantôme de leur passé et le lien qu’il avait avec eux.

Vous n’aurez jamais le point de vue du tueur et je trouve cela logique car dans son désespoir il est déjà perdu et ne souhaite plus revenir en arrière.

La peur ne sera pas non plus que ce que vous lirez, nous ne sommes pas ici dans un registre de « la peur pour de la peur » ou « des larmes pour des larmes » et de nombreux profils se détacheront notamment ceux qui feront tout pour parvenir à la fin de ce chapitre et faire en sorte que demain redevienne normal, même si plus rien ne le sera.

On est happé parce qu’entre ceux qui luttent plein de courage, ceux qui veulent protéger ceux qu’ils aiment et ceux qui se sentent impuissant et ne font rien pour que ça s’arrête, parce que c’est ça être humain c’est douter de tout ce qu’on pourrait faire face à l’inconnu et n’être plus sûre de rien, tomber puis se relever…

54 minutes voilà le timing. 54 foutues minutes qui font exprès d’être lentes pour se jouer des uns et des autres…

Un autre conseil de lectrice sensible prenez une boîte de mouchoir au cas où vous vous attacherez ou que vous trouvez cette situation ignoble et injuste…

Côté écriture c’est la première fois que je vois des phases textos/mails et réseaux sociaux/ blog, je vous avoue que ce style m’a surpris mais dans le bon sens du terme, bon il faut dire que je suis très bon public, et il doit y en avoir certains qui ont dû avoir des difficultés avec ce livre entre les différents points de vue de chaque personnage qui se slaloment rapidement, et ces petits fragments sms, et je le comprends parfaitement.

 

« C’est ce que nous sommes à présent ? Une histoire aux infos ? »

 

Pour ma part j’ai trouvé cela encore plus ancré dans la réalité, surtout quand je vois de plus en plus les gens, ne plus se passaient des écrans (moi la première).

Les ados dans le bus je les vois rarement hors le nez sur leur portable, c’est devenu une sorte de protection je pense positive comme négative.

On le voit d’ailleurs dans le livre quand un élève écrit dans son blog et que la première chose qu’il reçoit ce sont juste des commentaires horribles.

Encore une fois, l’être humain est capable du meilleur comme du pire, nos actions ne découlent que de nous et de ce que nous voulons être ou faire.

54 minutes n’est pas qu’une fusillade à la « one again ».

Non ! C’est avant tout des fragments de vie de lycéen en phase vers l’âge adulte, c’est l’histoire de toutes ces personnes isolées, différentes qui sont au plus mal et à qui on ne tend jamais la main ou qu’on ne la tend que trop tard (folie, suicide, burn-out…).

C’est aussi de voir que de la mort, né le courage et l’espoir dans chacun d’entre eux.

C’est voir des âmes qui s’envolent et celles qui restent et doivent vivre ou plutôt survivre de cet évènement qui n’est pas aller chercher une baguette de pain chez le boulanger.

Une œuvre qui m’a impacté, touché en plein cœur que je vous conseille !

La Corneille Masquée « Le Corbeau Bavard »


Voici un livre qui m’a procuré beaucoup de frissons. Tout va très vite, on ressent vraiment le malaise de chacun et on est tout autant surpris par l’histoire du criminel en question dont on nous dévoile, petit à petit, son véritable mal-être. Même si au départ j’étais perdu entre les échanges de chaque personnage — il faut avouer qu’il y en a beaucoup — on comprend rapidement leurs liens et jusqu’où l’auteur veut nous amener. Après une quarantaine de pages qui essayent de décrire le calme apparent des lieux, la tempête se met à rugir juste après.

La mise en page est elle aussi, originale, puisqu’on nous offre en direct, des échanges via les réseaux sociaux des élèves, témoignant de l’angoisse générale. Les élèves se notifient de plus en plus entre eux au fil des pages, et au fur et à mesure que l’horreur s’amplifie. Derrière la folie apparente de Tyler, l’antagoniste principal du roman, c’est un passé particulièrement tumultueux que l’on découvre derrière lui.

Une histoire riche en émotion, marquante, que je vous recommande fortement.

L’Oiseau Ricaneur « Mocking Bird »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *